Discours à l’Institut d’administration publique du Canada
L’allocution définitive fait foi
Victoria, CB
Le 29 août, 2011
Introduction
Bon matin à tous, et merci, John, pour ce bel accueil.
Je suis content d’être ici, et je suis toujours heureux de sortir d’Ottawa pour avoir la chance de parler aux gens d’ailleurs au pays.
J’aimerais féliciter et remercier l’IAPC et les organisateurs du travail qu’ils font à longueur d’année pour créer des forums où les professionnels de la fonction publique et les universitaires peuvent échanger renseignements et idées, et discuter des réussites observées à la grandeur du pays, et à tous les niveaux de gouvernement.
Les fondateurs de l’IAPC n’ont probablement jamais su l’importance qu’auraient ces types de forums dans ce monde où les responsabilités et les enjeux sont devenus tellement interreliés.
Afin de faire face à la complexité de notre monde d’aujourd’hui, nous devons travailler ensemble, et nous devons tous collaborer avec les citoyens, le secteur privé, le monde universitaire et la société civile pour résoudre les problèmes et les défis auxquels nous faisons face.
La semaine dernière a été difficile à Ottawa, car nous avons perdu deux grands serviteurs de l’État.
Avant de vous parler des raisons pour lesquelles je suis devenu fonctionnaire, et de vous expliquer pourquoi je crois que la fonction publique est et sera toujours essentielle au développement et à la prospérité du Canada, j’aimerais rendre hommage à deux personnes remarquables, Marty Bergmann et Jack Layton.
Marty Bergmann
J’ai eu le privilège de travailler avec Marty lorsque j’étais sous-ministre à Pêches et Océans.
Marty était non seulement un collègue apprécié, mais aussi un expert en son domaine. Il aimait l’Arctique, car il en aimait le mystère, la science, la population, le potentiel.
Malheureusement, il nous a quittés beaucoup trop tôt, dans l’écrasement du vol 6560 de First Air, en direction de Resolute Bay.
Marty était un homme enjoué et généreux, qui s’est appliqué à faire connaître l’importance du Nord aux Canadiens par sa participation à l’émission The National à la CBC. Sa fascination pour l’Arctique en faisait le parfait héraut.
Je n’oublierai jamais la joie, la sincérité, l’intégrité et le dévouement de Marty. Il avait très à cœur la fonction publique et son avenir, et prenait toujours le temps d’offrir des conseils à ses collaborateurs.
Jack Layton
Je veux aussi rendre hommage aujourd’hui à un autre grand Canadien, Jack Layton. Même si nous savions qu’il était grièvement malade, son décès nous a pris par surprise; c’était une nouvelle difficile à croire sur le coup, et elle nous a tous peinés, car nous espérions qu’il guérirait.
La contribution de M. Layton à la politique, à la démocratie et à la vie parlementaire au Canada est importante, et sera durable.
Il a rendu attrayant - aux yeux des étudiants d’université, du moins - le travail de député. Et son énergie, son humour, son entrain et sa passion ont décimé le Bloc Québécois. Ce sont là deux réalisations remarquables.
Sa dernière lettre aux Canadiens a touché de nombreux Canadiens, y compris moi-même. Les souhaits qui y sont exprimés se rapprochent en fait beaucoup du thème de votre conférence.
Jack et Marty nous ont quittés beaucoup trop tôt, et les sentiments d’injustice que leur décès suscite ne sont que naturels. Ces deux hommes incarnaient par leur leadership et leur espérance le service au pays. Ils sont pour nous une source d’inspiration, et s’ils étaient ici aujourd’hui, ils n'auraient pas manqué de faire un apport dynamique et précieux à cette conférence. Ils nous manqueront tous les deux.
Pourquoi je me suis joint à la fonction publique
Je me considère toujours chanceux de pouvoir me promener partout au pays pour discuter avec les fonctionnaires de leur travail.
Et cette visite est importante, puisque j’ai l’occasion de m’adresser non seulement à des fonctionnaires fédéraux, mais aussi à des représentants des municipalités et des provinces, de même que des gouvernements des Premières nations.
Comme vous le savez, c’est au gouvernement de la Saskatchewan que j’ai fait mes débuts dans la fonction publique.
Peu de gens le savent, mais après mes études à l’Université Queen’s, j'ai reçu plusieurs offres d’emploi du gouvernement du Canada. Eh bien, je les ai toutes refusées, parce que je préférais travailler dans ma province d’origine.
Ce que je veux vous raconter aujourd’hui, c’est pourquoi j’ai choisi de devenir fonctionnaire, et pourquoi je crois que la fonction publique d’aujourd’hui et de demain est si importante. Mon témoignage vous aidera peut-être à réfléchir vous-mêmes aux raisons qui vous ont amenés dans la fonction publique, et à les partager.
J’espère aussi que cette conférence vous apportera une nouvelle énergie, ainsi que de nouvelles idées sur les adaptations que nous imposent, comme à presque toutes les fonctions publiques, les nombreux et complexes défis d’aujourd’hui.
Alors, pourquoi suis-je devenu fonctionnaire? J’imagine que la réponse typique est que « j’avais 26 ans et il me fallait une “job” »!
En fait, ma décision de devenir fonctionnaire a été beaucoup motivée par mon enfance à la campagne en Saskatchewan.
Mes parents ont connu la grande dépression, qui a eu une forte influence sur leur vision de la vie et de la collectivité. Leur philosophie, c’était qu’on avait le devoir d’aider son prochain.
La grande dépression a été difficile pour un grand nombre de Canadiens. Mon père m’a raconté que, une fois par semaine, il allait porter de la nourriture chez un de ses voisins. Les familles s’aidaient les unes les autres, et partageaient ce qu’elles avaient.
Mes parents m’ont donc inculqué cette valeur de la responsabilité communautaire; dans un petit village des Prairies, la vie était comme ça.
Après mes études secondaires, je me suis inscrit au département de commerce de l’Université de la Saskatchewan, mais je trouvais la plupart des cours de commerce plutôt « plates ».
Vous voyez, moi, je voulais changer le monde! Et ce n’était pas la comptabilité, le marketing et les théories quantitatives qui allaient me le permettre.
J’ai donc pris autant de cours au choix que j’ai pu, surtout en science économique. J’avoue que je ne sais plus pourquoi je pensais qu’un diplôme en science économique - cette « science lugubre », comme on l’appelle - mènerait à la paix dans le monde ou au désarmement nucléaire, mais c’est finalement dans ce domaine que j’ai fait mes études à Queen’s.
Comme je l’ai dit tout à l’heure, j’ai commencé ma carrière de fonctionnaire en Saskatchewan, où était au pouvoir, à l’époque, le NPD d’Alan Blakeney, un gouvernement très proactif.
C’était une période de croissance rapide de la fonction publique. Le gouvernement mettait à l'essai de nouvelles formes de politiques sociales et d’interventions directes dans l’économie.
La fonction publique était jeune et dynamique, et j’ai pu y acquérir rapidement de l’expérience précieuse, vu la petite taille relative du gouvernement.
Et je suis très chanceux, car j’ai toujours travaillé dans des domaines excitants, où les « choses bougeaient » et où le gouvernement s’intéressait au dossier.
Mes conseils parvenaient vraiment aux leaders - les DG, les SMA, les sous-ministres, même les ministres - et ils étaient écoutés.
J’étais impliqué, et je pouvais vraiment avoir un impact dans le domaine de mon ressort. C’était le cas au début de ma carrière, et c’est encore le cas (j’espère!) aujourd’hui.
Malgré son évolution, la fonction publique reste une institution où l’on peut changer les choses
Les jeunes fonctionnaires d’aujourd’hui ne pensent peut-être pas nécessairement changer le monde au gouvernement, mais je crois que bon nombre d’entre eux souhaitent faire bouger les choses dans leur collectivité, ou au pays, pour le mieux.
Le rôle du gouvernement dans notre société et notre économie continue d’évoluer. Nous avons connu des périodes de croissance et, comme c’est le cas pour beaucoup d’entre nous maintenant, des périodes de réduction.
J’ai commencé ma carrière à l’époque de la grande expansion du filet de sécurité sociale. Aujourd’hui, l’aide aux moins fortunés demeure un principe de base du gouvernement, mais nos méthodes pour y arriver changent.
En effet, il ne s’agit plus aujourd’hui de simplement créer un nouveau programme chaque fois qu’un problème surgit. À mes débuts, quand la population avait besoin d’aide, c’était le gouvernement qui s’en chargeait, tout simplement.
Aujourd’hui, les Canadiens ne croient plus que le gouvernement est une panacée. Ils nous voient plutôt comme un « partenaire » de la société civile, avec laquelle il faut gérer les problèmes sociaux et économiques. Les groupes communautaires, le secteur bénévole et le milieu des affaires ont tous un rôle à jouer.
Donc, nous avons encore un rôle très important à jouer dans la vie des Canadiens. Ce qui est différent aujourd’hui, et plus difficile à bien des égards, c’est la façon de jouer ce rôle.
Notre approche en est maintenant une de collaboration, que l’enjeu soit l’économie, les réalités sociales ou notre rôle international.
Les fonctionnaires peuvent encore changer les choses, mais ils doivent être prêts à s’adapter, à créer des partenariats, à être créatifs, à optimiser la prestation des programmes et des services et à obtenir le consensus de nombreux intervenants sur la meilleure façon de faire. Ce n’est pas une tâche facile.
Collaboration, consultation et partenariat doivent devenir les trois mots d’ordre de la fonction publique de l’avenir au Canada.
Je continue aussi de dire qu’il faut diversifier nos effectifs, afin que la fonction publique reflète vraiment la population du Canada.
Ce n’est pas une question d’apparence superficielle; c’est plutôt qu’il nous faut une diversité d’horizons, d’expériences et de cultures dans la fonction publique, pour que nous puissions donner aux leaders politiques les meilleurs conseils, et offrir aux Canadiens les meilleurs services.
Les valeurs de la fonction publique
Je vois dans votre programme que les valeurs de la fonction publique forment l’un des thèmes de la conférence.
Ce sont nos valeurs qui nous définissent comme fonctionnaires. Respect, tolérance, honnêteté, intégrité - je crois que ces principes ne changent pas dans la fonction publique.
Ce qui change, c’est la façon dont ces valeurs sont mises à l’épreuve, vu l’adoption de méthodes de travail différentes.
Je pense que, ces dernières années, nous n’avons pas consacré suffisamment de temps à apprendre aux fonctionnaires quelles sont ces valeurs, et pourquoi elles sont si importantes.
Par exemple, si vous êtes un jeune agent de programme en Nouvelle-Écosse, et que vous gérez un marché de 200 000 $, vous devez comprendre vos responsabilités comme fonctionnaire, de même que l’éthique et les valeurs qui gouvernent nos actions.
Comme ça, si quelqu’un vous dit, « je vais t’inviter à dîner, et après au hockey, et après peut-être qu’on pourrait parler du contrat », vous saurez automatiquement que ce n’est pas acceptable, et pourquoi.
C’est pour cette raison que le nouveau Code de valeurs et d’éthique de la fonction publique, en cours d’élaboration, est d’une importance si capitale.
Il nous donne l’occasion de rouvrir le dialogue sur l’application des valeurs aux situations concrètes, et de parler de celles, comme la collaboration, qui ont gagné en proéminence, et qui présentent de nouveaux dilemmes.
C’est aussi l’occasion de s’interroger sur la présentation des valeurs de la fonction publique aux jeunes travailleurs d’aujourd’hui; on peut par exemple profiter des médias sociaux et des moyens de ce genre - il faut exploiter davantage leur potentiel.
Je crois par ailleurs que nous simplifions excessivement le dialogue sur les valeurs et l’éthique quand nous le limitons à un discours sur « le noir et le blanc ».
En fait, notre travail est très complexe. Une seule situation difficile peut remettre en question toute une gamme de valeurs. Cela peut mettre à l’épreuve même le plus solide sens moral, un atout essentiel pour faire carrière dans la fonction publique.
Je me rappelle avoir vécu l’un des dilemmes les plus difficiles de ma vie quand j’étais sous-ministre à Pêches et Océans.
À l’époque, la Cour suprême, dans l’arrêt Marshall, venait d’accorder aux Premières nations le droit de pêcher à des fins commerciales dans l’Atlantique.
J’étais d’accord avec cette décision, mais aucune période de mise en œuvre n’avait été accordée par la Cour. Des conflits n’ont donc pas tardé à éclater entre les pêcheurs commerciaux non autochtones et les bandes des Premières nations.
Mon ministère avait pour rôle de gérer les pêches, et la situation est devenue très, très difficile. Je crois qu’elle aurait pu très facilement dégénérer en nouvelle crise d’Oka.
Nous avons réussi à faire signer une entente à la plupart des conseils de bande, mais les habitants de Burnt Church ont persisté à pêcher le homard.
Nous avons dû gérer ce dossier jour après jour, et beaucoup nous appelaient à faire tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher les Premières nations de pêcher si aucun plan réglementé n’était en place.
Mais j’ai refusé qu’on prenne des mesures d’intervention sévères, dans une large mesure parce que c’était moi - le sous-ministre, et non le ministre - qui étais responsable de la santé et de la sécurité de mes employés, les agents des pêches en mer.
Et la situation était telle que si nous avions envoyé nos agents trop près de la côte, le sang aurait pu couler.
Mais pendant ce temps, surtout les week-ends, je devais aussi composer avec les pêcheurs non autochtones, qui voulaient se faire justice eux-mêmes. Il ne me fallait donc pas seulement contrôler les pêches, mais aussi empêcher deux groupes d’en venir aux coups.
Je recevais entre cent et cent vingt appels par jour de gens partout en Amérique du Nord qui me demandaient pourquoi je faisais subir un tel sort à ces pauvres gens. Ce n’était pas une situation très agréable.
J’ai donc essayé tant bien que mal de gérer le tout… et Dieu merci, l’hiver est arrivé, ce qui nous a donné le temps de finalement négocier une entente.
En bout de ligne, je sais que j’ai fait ce qu’il fallait pour mes employés, dans les circonstances, mais j’ai essentiellement dû contredire mon ministre.
S’il avait continué d’insister, j’imagine que nous en serions venus à un tournant, et je crois bien que je ne serais plus fonctionnaire aujourd’hui. Mais mon ministre m’a donné la chance d’essayer de régler les choses autrement.
Cette relation entre le fonctionnaire et le politicien - qu’il soit conseiller municipal ou premier ministre - est déterminante pour les valeurs de la fonction publique.
Quand je fais le bilan de ma carrière, je constate que j’ai eu la chance de travailler avec plusieurs très bons ministres, mais il y en a un qui se démarque particulièrement : Don Mazankowski.
Don voulait que son personnel politique, les employés du ministère et lui-même travaillent en équipe. Il respectait la fonction publique et je crois que, par son approche et son style, il représente le meilleur de la collaboration entre la fonction publique et les dirigeants politiques.
En fait, il m’appelle encore une ou deux fois par année, pour me prodiguer des conseils et m’encourager. C’est un Canadien extraordinaire, et il a eu une grande influence sur moi.
Tout comme, bien sûr, mon patron actuel, le premier ministre Stephen Harper, qui est un homme de principes et, comme le montre sa carrière, un politicien très déterminé!
Il est un grand travailleur, ce que je déplore parfois, car ses heures supplémentaires finissent souvent par être les miennes!
Le premier ministre n’a jamais caché la valeur qu’il accorde à la fonction publique et à son renouvellement, comme en témoigne particulièrement l’établissement du Comité consultatif du premier ministre sur la fonction publique.
Nous croyons tous deux que ce renouvellement doit demeurer une priorité, pour que l’excellence de la fonction publique se maintienne pendant les années à venir. Je lui suis donc reconnaissant de son soutien constant.
Maintenant que j’ai relaté quelques aspects de mon passé, j’aimerais parler du présent, et des possibilités que recèle l’avenir. Par ces histoires que nous partageons, nous pouvons non seulement tirer des leçons et des significations du passé, mais aussi façonner les jours, les mois et les années qui nous attendent.
Quand John F. Kennedy a déclaré en 1961 que, d’ici dix ans, les États-Unis enverraient un homme sur la lune et le ramèneraient sain et sauf sur terre, la technologie nécessaire n’existait pas encore. Mais en fixant cet objectif ambitieux, il a donné un coup d’élan qui a permis de faire l’impossible.
Alors, quand on me dit qu’il doit être bien difficile de diriger la fonction publique en cette période de restriction budgétaire et de réduction des effectifs, je conteste cette prémisse.
C’est peut-être simplement ma nature, mais je vois toujours le positif. Je ne vois pas de problèmes, mais des possibilités. La donne actuelle est donc une occasion à saisir : l’occasion d’optimiser au maximum l’efficacité et l’efficience du gouvernement, dans une perspective d’avenir.
D’ailleurs, je crois qu’il est toujours opportun d’examiner rigoureusement nos activités. Il ne faut pas avoir peur de poser la question : ce programme, lancé il y a dix ans, est-il encore efficace?
N’est-ce pas ce que nous faisons tous dans notre vie? Nous évaluons nos actions, nos méthodes, nos résultats. La situation actuelle est l’occasion de faire de même, à l’échelle d’une organisation.
Je ne considère donc pas cela comme un défi, mais comme un objectif qui nous permettra d'abord de faire le point puis de continuer à améliorer la façon dont nous offrons des services et des programmes aux Canadiens.
C’est ce que nous devons faire, et ce que nous devrons continuer de faire.
Je sais que beaucoup de rumeurs circulent sur les mesures de réduction du déficit que prendra le gouvernement, et sur leurs implications pour nos effectifs.
Mais il faut aussi présenter l’autre côté de la médaille. Par exemple, ces efforts de réduction du déficit ne sont rien quand on les compare à ceux qui ont été faits dans les années 1990; ces compressions étaient bien pires.
Oui, il y aura des effets. Oui, des postes ou emplois seront éliminés. Mais il y a aura aussi beaucoup de départs à la retraite. On pourra donc gérer les choses de façon à trouver des postes vacants aux employés qui auront besoin d’un nouvel emploi.
Cela dit, l’attrition ne règlera pas tous les problèmes, et je crois qu’elle ne sera pas suffisante dans certains secteurs.
Toutefois, nos mesures de réaménagement des effectifs permettront aux employés d’envisager les offres d’emploi de l’extérieur. Et quoi qu’il en soit, nous n’oublierons pas les valeurs de la fonction publique.
Nous traiterons avec respect les employés touchés, et nous leur donnerons le soutien et les outils dont ils auront besoin pour aller de l’avant. Nous agirons avec justice, et nous ferons tout notre possible pour les aider à faire la transition. Tout cela, je le promets.
Il ne faut pas oublier qu’il y aura toujours une fonction publique. Elle aura toujours un rôle important à jouer, et elle doit être prête à surmonter les nombreux défis de taille auxquels la société canadienne fait face.
Il faut se garder du découragement. Ne regardons pas que le négatif, et ne nous inquiétons pas inutilement.
L’image de la fonction publique
Cette conférence met l’accent sur le partage d’histoires personnelles, mais, en préparation à aujourd’hui, on m’a aussi posé quelques questions, dont une sur les remarques négatives qu’on entend parfois sur la fonction publique, et leur impact, et une autre sur l’image que je me fais, dans mon esprit, des meilleurs aspects de la fonction publique.
Je répondrai d’abord à la première question. Les remarques négatives ne me dérangent pas vraiment, mais je sais qu’elles peuvent nuire au moral. Je crois que parfois, certaines personnes ne comprennent pas pleinement notre rôle et son utilité.
Il nous incombe donc à tous - pas seulement à moi, mais à tous les fonctionnaires - de prendre la parole et d’expliquer nos activités, qui sont en effet très importantes pour la population. Nous faisons vraiment une différence dans la vie des Canadiens.
Quant à la deuxième question, j’ai un peu plus de difficulté à y répondre, car je ne suis pas du type visuel, mais je dirais que l’image que j’ai en tête de la fonction publique, c’est le visage de tous les fonctionnaires avec qui j’ai travaillé au fil des années : les employés de RHDCC qui œuvrent auprès des Canadiens handicapés ou des chômeurs - leur compassion est sans égale.
Ou bien, je vois mes collègues de Pêches et Océans - nos agents des pêches régionaux et nos gestionnaires - devant accorder à ceux-ci le droit de pêcher, et le refuser à ceux-là. Une tâche ingrate qu’ils acceptaient néanmoins de faire avec bonne volonté. Voilà pour moi les visages de la fonction publique.
Quant à la dernière image que je peux évoquer, ce n’est pas celle d’une personne, mais d’un édifice que je vois tous les jours de mon bureau : le Parlement.
Le Parlement me rappelle toujours un souvenir d’enfance : je me vois, enfant, mais déjà intéressé par la politique, assis devant la télévision - en noir et blanc - avec mon grand-père.
Contrairement à mon père, mon grand-père avait la passion de la politique. Il était un peu dur d’oreille, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir de grandes - et sonores - discussions avec moi à ce sujet. Et je me souviens, quand j’avais environ dix ans, d’avoir écouté avec lui le débat sur l’adoption du nouveau drapeau du Canada.
Lui voulait qu’on conserve le Union Jack, tandis que moi, comme M. Pearson, j’aimais le nouveau drapeau, avec la feuille d’érable rouge au centre.
Le jour où ce nouveau drapeau a été hissé sur la Tour de la Paix, je me souviens d’avoir pensé, « c’est génial, le Canada a un nouveau drapeau ». Et d’ailleurs, même mon grand-père en est devenu fier lorsque, plusieurs années plus tard, le Canada a remporté la Série du siècle contre les soviétiques en 1972.
J’ai encore à l’esprit toutes ces conversations avec mon grand-père. Et quand j’ai gravi pour la première fois les marches de la Colline du Parlement en tant que fonctionnaire, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ces souvenirs d’enfance lorsque j’ai vu pour la première fois avec mon grand-père le drapeau hissé, et ce que cela a signifié pour moi.
Aujourd’hui, comme greffier du Conseil privé, je peux voir tous les jours par ma fenêtre les édifices du Parlement, la Tour de la Paix et le drapeau du Canada qui y flotte. Et cette semaine, je vois qu’il est en berne, en l’honneur de Jack Layton.
Ces images me rappellent mon passé : qui je suis, et cette petite ville des Prairies d’où je viens. Et elles me rappellent comme je suis chanceux d’être fonctionnaire et de pouvoir continuer de servir mon pays. Et de vraiment changer les choses!
Merci

